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A chacun sa route. Episode 6

Je
réalisai alors l’importance de ce que je venais de découvrir et c’est
d’une main fébrile que j’ouvris ce courrier. En le dépliant, je vis
qu’il était écrit en
italien qui, somme toute, était bien naturel, puisque nous sommes d’origine italienne.
La lecture s’avéra donc difficile car nous ne parlions que le patois à
la maison. Qu’à cela ne tienne ! J’allais essayer. En m’y reprenant
donc en plusieurs fois, je compris, tant bien que mal,le sens de ces
mots envoyés depuis le fin fond du Tonkin, en Indochine. Alors, dans
mon petit esprit quelque peu
enfiévré par cette découverte qui
revêtait à mes yeux, une importance capitale; je pensai immédiatement
qu’il devait y avoir certainement d’autres lettres au fond de ce
tiroir. Je décidai donc d’y retourner et me voici à nouveau replongée
dedans, fouillant les paperasses et là, bingo ! Je mets la main sur
plusieurs autres courriers.
Depuis ce jour-là ! J’ai fait comme
maman, je subtilisais de temps en temps une lettre et me glissais
rapidement sous la grande table qui me procurait un abri sûr. Ceci afin
de pouvoir m’imprégner toujours un peu plus de ces phrases qui
dansaient sous mes yeux de petite fille.

De cette fascination est née très tôt chez moi, cette conviction
profonde que mon infortuné frère n’était pas mort et qu’un jour, JE LE
RECHERCHERAIS.
Toute occupée que je fus alors à forger dans ma
petite tête mes propres idées; je ne me rendis pas compte, de suite,
que notre mère " replongeait ". Et un jour, rentrant du travail, mon
père l’a surprit en train de pleurer encore à chaudes larmes sur la
dernière lettre que mon frère avait pu envoyer de là-bas et dans
laquelle il nous disait qu’il était bel et bien blessé et soigné dans
un hôpital français.
Mon père, n’y tenant plus, s’est jeté sur elle
afin de lui arracher cette lettre et, dans un accès de colère, l’a "
balancée " dans le feu. Quel dommage ! Ce jour-là, nous avons perdu la
plus belle
et la plus précise de ces lettres….
Maman a
encore connu malheureusement la clinique et plusieurs allers-retours
maison-clinique. Elle fut alors sous surveillance constante de chacun
de nous et c’est à cette époque que mon père fut
obligé de faire revenir ma grande soeur de Paris où elle travaillait afin que lui, puisse continuer à
subvenir aux besoins de la famille. Nous avons donc passé une année
entière en surveillance de tous les instants car maman pouvait entrer
en crise à tout moment; et dans ces moments-là ! elle aurait été
capable de commettre L’IRREPARABLE.
Je me vois encore cette
année-là, pendant les grandes vacances, mon père me dire:" Marie, quand
je ne suis pas là ! Et quand ta grande soeur est occupée, ne perds
JAMAIS de vue la maman,tu comprends ? C’est très important, même si
elle fait semblant d’aller se promener, TU LA SUIS ! Tu ne la lâches
pas d’une semelle et ne l’écoutes surtout pas si elle te demande de
rentrer sous prétexte qu’elle n’a pas besoin de toi. Tu m’as bien
compris ? Tu sais, maman ferait une GROSSE
BETISE et IL NE FAUT PAS QUE CELA ARRIVE ! "
Je sentis à ce moment-là que l’heure était grave et au plus profond de
mon coeur, je sentis qu’un gros danger planait sur nous et je promis à
mon père que je veillerais comme une " grande fille " sur maman. C’est
précisément cet été-là, qu’un après-midi de juillet……. à suivre…..
Maria Cesare. Le 1er juin 2007
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